Reportage
Enfants
du Tchad
N'Djamena - Mai 2006
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Une semaine à N'Djaména
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à des contacts pris depuis la France auprès d'associations
caritatives comme Care et Morija, je parviens à obtenir le
numéro de téléphone d'un pasteur, Domtinet Bolngar,
qui accepte de me recevoir dans son orphelinat baptisé Fafed
(Fondation d'amour pour la formation des enfants en détresse).
Un orphelinat situé en périphérie de la ville
et où le pasteur recueille les enfants des rues. Malgré les difficultés de la vie quotidienne et notamment pour nourrir ses 64 pensionnaires qu'il héberge, le pasteur a ses réseaux. Il reçoit de l'aide ponctuellement de l'Unicef, de l'ambassade des Etats-Unis, de la mission Coréenne au Tchad, de Médecins du Monde ou encore des militaires français... Pas de viande tous les jours Pourtant, même si les enfants mangent à leur faim, les repas ne sont pas des plus variés. La viande reste exceptionnelle au menu (pas plus d'une fois par semaine). Lors de l'une de mes visites à l'orphelinat, je propose au pasteur de payer le repas du lendemain... avec mes 20 euros, le riz ce jour là sera agrémenté de poulet. 20 euros et ce sont près de 80 enfants qui mangent de la viande ce mercredi ! Le pasteur m'explique le fonctionnement de l'orphelinat : certains enfants sont pensionnaires, d'autres sont externes, placés en famille d'accueil. Au total le pasteur Domtinet s'occupe de 212 enfants, filles et garçons. Ceux qui sont pensionnaires dorment dans la cour, sur des nattes. Le dortoir, construit par les militaires français en 2004, est de toute façon déjà trop petit et sur-chauffé alors que la température extérieure ne descend pas sous les 28°C la nuit. Le pasteur et son épouse ont un nouveau projet d'orphelinat-école à Walia, non loin de N'Djaména, un nouveau lieu où il lui sera possible d'accueillir davantage d'enfants et de leur offrir là encore l'éducation indispensable à leur survie. Si vous souhaitez aider le pasteur Domtinet, rendez-vous dans la rubrique "Aidez les enfants du Tchad". Des rebelles aux portes de la ville L'extrême pauvreté du pays n'a pas épargné la capitale. Partout des ordures dans les rues rappellent qu'aucun service de ramassage n'a été mis en place. Le Tchad manque de tout : d'infrastructures, de sécurité... seul l'approvisionnement en denrées alimentaires est à peu près assuré aux habitants de N'Djaména. Le président Idriss Déby sait bien que la faim pousserait la population à la révolte. Il en a fait un slogan de campagne électorale : "Avec Idriss Déby, l'auto suffisance alimentaire est assurée" peut-on lire en ville sur ses affiches. Dans la capitale, les occidentaux se font très discrets. Beaucoup d'habitants reprochent aux soldats français stationnés au Tchad (opération Epervier) d'avoir aidé l'armée contre l'attaque rebelle du 13 avril 2006. Des colonnes de mercenaires avaient alors traversé le pays depuis le Soudan pour arriver aux portes de N'Djamena. Leur objectif ? Faire tomber Idriss Déby avant les élections présidentielles du 3 mai. Mais l'avancée rebelle sera placée sous étroite surveillance et la France fournira des renseignements décisifs à l'armée fidèle à Idriss Déby. Les mercenaires ne parviendront jamais jusqu'au palais présidentiel. Je
décide de me rendre dans les faubourgs de la ville où
les combats ont été les plus violents. Des habitants
se souviennent que les rebelles étaient jeunes, un peu fatigués
et surtout complètement perdus. "Ils cherchaient le palais",
m'explique-t-on. Les habitants leur ont alors indiqué la route
du "Palais des Congrès" situé en périphérie.
Cette méprise leur sera fatale. Au petit matin du 13 avril,
l'armée régulière mettra très vite fin
à l'attaque. Les combats feront plusieurs dizaines de morts.
Sous couvert de l'anonymat, un agent de la mairie tient à m'expliquer
que "les rebelles se sont trompés de palais. A N'Djaména,
le palais, c'est le palais des congrès, pas la maison d'Idriss
Déby" ! Incroyable Afrique. De loin, il me montre l'endroit
où des fosses communes ont été creusées
pour enterrer les cadavres. Idriss Déby paradera dès le lendemain, place de la Libération, devant des mercenaires prisonniers et les armes saisies dont des 4x4 flambant neufs dont on ne connaît toujours pas la provenance. Visite aux enfants emprisonnés Impossible de rencontrer ces jeunes prisonniers-mercenaires, regroupés dans une caserne de la ville. Le pasteur Domtinet parviendra cependant à me faire rentrer dans la maison d'arrêt de N'Djamena où il visite chaque semaine le quartier des mineurs. Je l'accompagne, munie de mon autorisation du directeur de la prison. Pas question de prendre des photos à l'intérieur. Les gardiens sont surpris de me voir, eux qui ne rentrent pas dans la prison. Ici, ce sont des détenus âgés d'une vingtaine d'années qui sont chargés de faire respecter un semblant d'ordre. Muni de gourdins, ils n'hésitent pas à frapper ceux qui seraient tenter de voler ou d'agresser d'autres prisonniers. Les enfants incarcérés sont contents de voir le pasteur. Il leur explique ma présence, l'objet de mon reportage à N'Djamena. l'un d'entre-eux, qui n'a même pas 15 ans, réclame sa mère, tandis que d'autres sont souffrants : "ils auraient le palu", m'explique le pasteur. Les gardes à l'entrée se sont servis dans les médicaments que je comptais donner aux enfants mais je réussis malgré tout à faire rentrer dans la prison quelques cachets et une boîte d'aspirine. Les mineurs se plaignent. Les gardiens leur ont pris la vieille télé donnée par l'Unicef, idem pour les nouvelles nattes... certains sont donc obligés de dormir à même le sol en terre battue. Prise de risque Il
y a beaucoup d'enfants livrés à eux-même dans
les rues de N'Djaména. Je cherche un guide pour m'amener dans
des décharges où des enfants récupèrent
ce qu'ils peuvent pour quelques centimes d'euro par jour. L'adjointe
au maire chargée des affaires sociales me présente plusieurs
assistantes qui travaillent dans ces quartiers. Mais les enfants sont
difficiles à approcher. Ils se méfient des adultes,
des blancs aussi. Et puis sortir l'appareil photo est à chaque
fois une prise de risque. J'en fait la désagréable expérience
le mercredi 10 mai 2006, au nord de la ville... La journée d'un enfant des rues Ils
sont omniprésents dans la ville. Invisibles dans la foule des
marchés. Ces enfants de la misère sont difficiles à
approcher. Les assistantes sociales rencontrées avouent avoir
des difficultés à les recenser, à les faire soigner
et même à les nourrir. Seuls les plus débrouillards
survivent : trocs, ventes de métaux, vols... leur histoire
est insaisissable : enfants abandonnés, enfants maltraités,
jeunes délinquants livrés à eux-mêmes...
ils ne sont la priorité de personne. Ils semblent être
là depuis toujours et pour toujours. L'espoir
? Yoann ROBIC |
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