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Que ce soit sur Internet ou dans les médias papiers, radio ou à la télévision, les Gay Games 2010 qui se tiennent actuellement en Allemagne à Cologne ne passionnent pas et au final, pratiquement personne n’en a entendu parlé. Ou alors, il faut lire Têtu et son site Internet, ou ne pas avoir échappé à un article du Monde sur le sujet. Un peu light.
Mais pourquoi ces jeux, événement sportif « incontournable » pour les gays, ne sont-ils pas médiatiques ? La France, cette année, a pourtant fait un effort de visibilité puisqu’une réception officielle en présence de Rama Yade s’est tenue au ministère des sports le 8 juillet dernier. Ainsi, grâce à une subvention de 15.000 euros, l’équipe de France de ces Gay Games a pu s’offrir des tenues labellisées. « Ces athlètes vont représenter la France, c’est la moindre des choses qu’ils partent avec un équipement digne de ce nom. C’est quand même aberrant que cela n’ait jamais été fait avant », soulignait la Secrétaire d’État chargé des sports. Voilà pour la reconnaissance politique.
Mais cela n’a pas suffit à médiatiser l’événement dans l’hexagone et on peut se demander où sont les supporters de cette équipe France ? Les Gay Games ne sont pas moins que le plus grand rassemblement de sportifs du monde avec cette année, à Cologne, pas moins de 10.000 participants venus de 74 pays. Ils vont se disputer des médailles dans 35 disciplines. La délégation française compte tout de même 483 participants.
Créés aux États-Unis, à San Francisco, en 1982, les Gay Games ont pour objectif d’offrir une vitrine afin de lutter contre l’homophobie et toutes les formes de discriminations. Mais l’événement n’est pas forcément très bien perçu par le public qui y voit souvent une ghettoïsation malsaine. Les commentaires sous l’article du Monde sont d’ailleurs révélateurs : « (…) je m’oppose à la société que l’on nous propose : des piscines pour femme / pour homme, des clubs sportifs pour catho/juif /musulman, des compét pour homo / hétéro… La prochaine étape, quelle est-elle ? des bus pour blancs et des bus pour noirs ? », s’interroge Antoine M.
« Les hétéros peuvent participer aux gay games, il n’y a pas de sectarisme… : aucun rapport avec le fait que les hétéro ou homo puissent participer, le simple fait de devoir le préciser démontre que la pratique d’un sport (ou d’une activité culturelle) en se définissant en fonction de son orientation sexuelle (philosophique, religieuse, ethnique, politique…) est un non sens qui, nécessairement, favorise la ghettoïsation », s’insurge un autre lecteur du Monde.
Plus modéré, M.S souligne : « je ne vois pas trop ce qu’a l’orientation sexuelle à voir avec le sport. Après si c’est une tribune pour lutter contre l’homophobie pourquoi pas ».
Le magazine Têtu y a dépêché ses envoyés spéciaux et c’est bien normal. Mais la couverture proposé en ligne par Têtu est désespérante. C’est à se demander si l’on vit sur la même planète ? Car chez Têtu, tout semble beau, magique… Bref, tout va très bien dans le meilleur des mondes. Il n’est pas venu à l’esprit de ses journalistes de constater que l’événement se déroule en catimini, entre organisateurs, participants et médias spécialisés. Bref, quand même, n’est-il pas temps de se rendre compte que le but ultime et annoncé « la lutte contre l’homophobie » n’est pas atteint, pour ne pas dire pire…
Soyons peut-être patients, attendons l’heure des bilans. Des gays croient aussi à leur droit à l’indifférence.
Chère « la rédaction »,
Votre article soulève des questions très pertinentes, notamment sur la question de l’homophobie bien sûr. Il souligne aussi combien il est difficile pour ceux qui n’y sont pas confrontés d’imaginer ce que signifie être homosexuel dans une société où dominent la norme hétérosexuelle.
Simplement, pourquoi s’en prendre à Têtu qui, vous le soulignez pourtant, est l’un des rares médias à suivre et rendre compte de cet événement? Est-ce notre faute si les autres s’en désintéressent? Oui, nous sommes un média qui s’adresse aux homos, un média « spécialisé » comme vous dites. Pourquoi nos envoyés spéciaux se lamenteraient-ils de l’indifférence des autres médias, alors que sur place l’événement est vécu comme une opportunité rare de convivialité et d’esprit sportif, où l’homophobie même la plus banale est bannie?
Certes, les Gay Games ont pour vocation de lutter contre l’homophobie. Certes, mais les athlètes ne se déplacent pas uniquement pour lutter contre les homophobes, ils sont là pour pratiquer leurs sports ensemble. D’où l’aspect particulièrement humiliant du titre même de votre article. Pourquoi réduire à une « utilité » un événement qui a vocation à célébrer la tolérance et l’esprit sportif? Pourquoi y voir une ghettoïsation ou un repli? La ghettoïsation, ce serait de demander des catégories homos aux JO, mais vous noterez que personne ne le demande, car le souhait de tous, c’est qu’à terme, il soit aussi banal d’être homo qu’hétéro quand on fait du sport.